Le néonationalisme québécois et la fédération canadienne
1. Introduction
Accélérée par l’État-providence, la modernisation du Québec repose aussi sur le néonationalisme, une nouvelle forme de nationalisme qui émerge au sein de la population québécoise au tournant des années 1960. Le néonationalisme pose les bases de la Révolution tranquille et suscite des débats sur les moyens politiques à privilégier pour faire valoir les intérêts économiques du Québec ainsi que pour affirmer ses particularités sociales et culturelles.
D’une part, de nombreux néonationalistes envisagent l’indépendance du Québec comme une condition essentielle à l’affirmation du Québec. D’autre part, plusieurs partisans du néonationalisme soutiennent que la fédération canadienne permet de défendre les intérêts de la province au sein du Canada. En somme, le néonationalisme engendre le mouvement indépendantiste et renouvelle le fédéralisme au Québec, deux courants de pensée qui marqueront la politique québécoise et la politique canadienne au-delà des années 1980.
Pour comprendre l’essor du néonationalisme et pour distinguer les deux courants de pensée qui découlent de cette idéologie, tu travailleras la compétence 1 du programme d’histoire du Québec et du Canada (Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada).

Question d'enquête
Quelles sont les caractéristiques des différents courants de pensée du néonationalisme entre 1960 et 1980? Quel objectif partagent ces courants de pensée?
La production finale que tu devras réaliser dans ce chapitre prendra la forme d’un texte en trois paragraphes dans lequel tu distingueras les courants de pensée du néonationalisme.
D’abord, tu établiras les principales caractéristiques du néonationalisme en revenant sur tes connaissances antérieures sur le clérico-nationalisme. Pour cela, tu devras visionner des extraits vidéos qui te seront fourni, avant de remplir un tableau.
Ensuite, tu étudieras les caractéristiques du mouvement indépendantiste et du fédéralisme au Québec en nommant leurs principaux acteurs. Tu décriras aussi leurs objectifs principaux et les moyens qu’ils utilisent pour atteindre ces objectifs. Tu verras aussi comment réagit le gouvernement fédéral au néonationalisme québécois.
Pour conclure le chapitre et faire un retour sur la question d’enquête, tu devras remplir un tableau synthèse dans lequel tu caractériseras le néonationalisme, puis tu devras rédiger ton texte.
Formuler une hypothèse
Quelles sont les caractéristiques des différents courants de pensée du néonationalisme entre 1960 et 1980? Quel objectif partagent ces courants de pensée?
Extraits du manifeste du Front de libération du Québec lu sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970
« Le Front de libération du Québec veut l'indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les big boss patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée, du cheap labor et de l'exploitation sans scrupules. [...]
Nous en avons soupé du fédéralisme canadien qui pénalise les producteurs laitiers du Québec pour satisfaire aux besoins anglo-saxons du Commonwealth ; qui pratique une politique insensée des importations en jetant un à un dans la rue les petits salariés des textiles et de la chaussure, les plus bafoués au Québec, aux profit d’une poignée de maudits money-makers roulant en cadillac [...]
Nous sommes des travailleurs québécois et nous irons jusqu’au bout. Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d’esclaves par une société libre,
fonctionnant d’elle-même et pour elle-même, une société ouverte sur le monde. [...]
Vive le Québec libre !
Vive les camarades prisonniers politiques
!
Vive la révolution québécoise !
Vive le
Front de libération du Québec ! »
Source : Manifeste FLQ - Octobre 1970, 8 octobre 1970, Société Radio-Canada. Licence : extraits utilisés avec la permission de la Société Radio-Canada.
Position exprimée par Robert Bourassa, premier ministre du Québec, en 1976
« La position du Parti libéral là-dessus peut peut-être être considérée comme mitoyenne vis-à-vis le fédéralisme orthodoxe du gouvernement fédéral et l’indépendance ou la séparation proposée par le Parti québécois. [...] C’est évident que le fédéralisme comporte des contraintes, mais nous sommes tout à fait d’avis que les contraintes du fédéralisme sont infiniment inférieures aux contraintes que pourrait constituer la séparation du Québec. [...]
Je pense qu’il est absolument normal pour nous de rechercher à satisfaire nos aspirations culturelles avec des pouvoirs additionnels, mais de rester à l’intérieur du lien fédéral. [...] Nous croyons au fédéralisme comme formule politique pouvant assurer aux Québécois leur bien-être. [...] Nous avons pu traverser la pire crise économique depuis 40 ans parce que nous faisons partie d’un régime fédéral qui nous donne de grands avantages et qui nous permet en, même temps, de satisfaire nos aspirations culturelles. »
Source : Débat Bourassa-Lévesque, 24 octobre 1976, Société Radio-Canada. Licence : extraits utilisés avec la permission de la Société Radio-Canada.
Extrait du programme du Parti québécois
« Chaque jour qui passe ne démontre-il pas, en effet, que le vieux fédéralisme [...] n’est plus qu’un régime de routine peureuse, de désordre permanent et de gaspillage « polyvalent » d’argent, d’énergie et de temps? La souveraineté ne changera pas tout cela du jour au lendemain, d’accord. [...] Elle seule pourtant peut nous permettre de finir au plus tôt le « rattrapage » amorcé il y a une dizaine d’années, et puis de nous lancer en bon ordre dans la grande course du siècle, celle du développement sur tous les plans [...]. »
Source : Le Parti Québécois, La solution, le programme du Parti Québécois présenté par René Lévesque, Montréal, Éditions du Jour, 1970, p.10.